Et je rêve, de plus en plus fort, m'enchaînant à toi, espoir chétif de la guérison de mon âme.
Et je respire, de plus en plus fort, cette âpre odeur, débris de ton existence déjà perdue.
Et je cours, de plus en plus vite, après ton souvenir qui se brouille.
Te souviens-tu de ce jour, où nous courrions ensemble, sautant pieds joints dans les flaques d'eau ? Semblable à des enfants, l'écho de nos rires résonnait à en faire pâlir les anges. Quoi de plus impétueux, qu'une jeunesse insolente, ancrée dans l'âme et le c½ur ? Quoi de plus scandaleux, que deux anges déchus sans regret ? Ils nous épiaient, en haut, et on le savait. Mais on s'en fichait. On ne vivait plus que pour notre bonheur égoïste. On ne pensait plus qu'à nous deux, à notre avenir à construire, et nous ne sentions même plus nos ailes déchirées.
Le monde était beau, et nous y étions les seuls occupants. Nous baignions dans l'innocence, et le malheur semblait ne pas être à notre portée. Nous étions libres, nous volions sans ailes, et le sentiment de plénitude nous envahissait. Nous n'avions jusqu'alors, rien connu de plus beau.
Mais nous n'avions pas l'habitude de vivre. La douleur était pour nous quelque chose d'inconnu. Sur terre, nous n'étions plus immunisés. Sur terre, il nous fallait devenir des êtres humains. Et comme des âmes vagabondes, nous étions arrivés avec insouciance et innocence.
Si nous avions su, nous aurions sûrement fait plus attention. Te souviens-tu de ce jour, où nous courrions ensemble, sautant pieds joints dans les flaques d'eau ? Tes yeux étaient rivés sur moi, tu me dévorais du regard. Je me plongeais dans tes iris enflammé, je me sentais transportée. C'est ce jour-là, que je me suis rendue compte de l'instabilité du bonheur humain. C'est ce jour-là que j'ai compris, que la vie est capable de passer d'un extrême à l'autre. Tu n'as pas survécu au choc. Et je ne pensais pas, que l'être humain était capable de résister à une telle douleur. Quand j'ai vu ce bolide effrayant foncer sur toi, j'ai vu ta vie défiler sous mes yeux. J'ai voulu hurler, mais mes cordes vocales semblaient s'être envolées. J'ai voulu te sauver, j'ai couru vers toi, je voulais t'ôter de là, mais il a été plus rapide que moi. La mort était sous mes yeux, et elle était apparue à la vitesse de la lumière. J'ai vu ton sang couler, je me souviens de l'étourdissement qu'il avait suscité en moi. Tout autour de moi tournait, une spirale infernale qui m'engloutissais, que je ne pouvais maîtriser : la détresse. J'aurais tant voulu partir à ta place. J'aurais tant voulu que tu vives. Egoïste volonté, sachant que tu aurais souffert tout autant que moi.
Aujourd'hui, j'aimerais m'extirper de cette douleur qui me noie, j'aimerais partir te retrouver. Mais je n'en ai pas le droit. Là-haut, ils m'épient toujours. Ils ont voulus me redonner leur immortalité, faire pousser à nouveau mes ailes. Et sous ses propositions, j'ai cru mourir encore plus fort. Comment vivre sans toi ? Comment être éternelle sans toi ? C'était toi, mon immortalité. Seul ton regard me rendait invincible. Ils contemplent ma souffrance, en haut. Ils ne peuvent s'empêcher d'être fiers, de repenser aux avertissements tant prononcés avant que nous ne descendions sur terre. Et moi, je m'enfonce, je plonge, dans un gouffre sans fin. J'hurle en silence, je me bats contre ces maux qui me rongent, cellule après cellule. Mais ma force est si moindre, sans toi.
Alors je rêve, de plus en plus fort, m'enchaînant à toi, espoir chétif de la guérison de mon âme.
Alors je respire, de plus en plus fort, cette âpre odeur, débris de ton existence déjà perdue.
Alors je cours, de plus en plus vite, après ton souvenir qui se brouille.